« 7 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 22-23], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1179, page consultée le 05 mai 2026.
7 avril [1838], samedi matin 11 h.
Bonjour mon cher bien-aimé. Bonjour mon adoré. Je t’aime, et toi ? Tu ne viens pas,
mon Toto, je ne te gronde pas mais je suis triste. Je crains que tu ne prennes
l’habitude de me laisser toujours seule la nuit et le matin, ce qui réduirait à zéro
notre bonheur d’amour. Certainement je suis bien heureuse de te voir quelques instants
dans la journée mais cela ne suffit pas. En somme je n’ai pas 97 ans ni toi non plus
et j’ai autant de jalousie que d’amour.
J’ai une nouvelle à t’apprendre qui sans
doute te fera plaisir : ce que nous attendions est arrivé. Moi qui n’ai pas les mêmes
raisons que toi pour me réjouir je reste parfaitement indifférente à cet incident.
Jour mon petit Toto. Je suis très bête ce
matin, je m’attendais à ce que vous viendriez et le désappointement me rend stupide.
C’est encore le 15 avril qui en est la cause ? Que le diable
l’emporte avec tous les mois, tous les jours, toutes les heures où tu travailles.
Je
finis par prendre en horreur ce mot-là : travailler. Pour
notre bonheur c’est le synonyme de peste, de choléra, de mort et d’indifférence. Je
suis bien triste ! Un beau jour je prendrai mes jambes à mon cou et tu ne me reverras
plus. Tu pourras au moins te reposer, pauvre bien-aimé courageux, et prendre le temps
de regretter de n’avoir pas eu celui de m’aimer. Oh ! Je t’aime trop. Maintenant c’est
à la rage.
Juliette
« 7 avril 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 24-25], transcr. Mathieu Chadebec, rév. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1179, page consultée le 05 mai 2026.
7 avril [1838], samedi soir 5 h. ¼
J’avais cru, mon cher bijou, vous voir passera tout à l’heure au bout de ma rue en compagnie d’un monsieur et avec un livre sous le bras. J’espère que je me suis trompée et que vous n’aurez pas eu la cruauté de passer presque sous mon nez sans m’apporter votre cher petit museau à baiser. Il fait un bien vilain temps noir, ce qui influe, je crois, sur mon humeur qui n’est pas couleur de rose aujourd’hui. Je vous aime trop, mon Toto, pour être gaie et heureuse pendant vos éternelles absences, et si je n’avais pas toujours l’espoir que vous allez revenir aux anciennes habitudes si bonnes et si ravissantes je m’en irais bien loin où vous ne pourriez plus me rattraper. Mais tu ne me laisseras pas faire ce coup de désespoir, n’est-ce pas mon amour ? et tu viendras tous les jours et toutes les nuits auprès de ta pauvre vieille Juju qui t’adore comme le premier jour ! si tu fais cela je serai bien heureuse et j’oublierai tout ce que j’ai souffert depuis un an à t’attendre toujours inutilement. En attendant j’aurai le plus de courage et de patience que je pourrai en t’aimant de tout mon cœur.
Juliette
a « passé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.
- Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
- MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
- 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
- MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
- 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
- 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
- 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.
